bibliographie
Armand Robin | Françoise Morvan
Photo : Armand Robin  

Issu d'une famille paysanne, Armand Robin est passé du breton au français, puis de la culture orale qui était celle des siens à une culture littéraire qu'il ne semble avoir faite sienne que pour mieux s'en défaire.

Etranger aux milieux littéraires parisiens comme il l'était en Bretagne, il s'est voulu étranger à soi, étranger à toute langue et à tout pays - et donc libre. C'est en cet absolu de liberté qu'on peut voir la justification d'une expérience poétique qui se caractérise d'abord par le refus de se laisser enfermer dans une œuvre personnelle.

De 1935 à 1942, Robin semble mettre en chantier un grand livre qui, à partir du pays natal, s'ouvrirait sur l'univers par la voix des poètes traduits. Il en reste un récit, Le Temps qu'il fait, un recueil constitué pour moitié de traductions, Ma Vie sans moi, et des fragments, comme autant de restes du livre éclaté, qui seront retrouvés après sa mort. Il entre dans l'en-dehors du livre, il se perd, appelle cette perdition et elle semble être, en effet, la condition d'une œuvre qui correspond à l'expérience de ce qu'il a appelé "non-traduction" et qui devait aboutir aux volumes de Poésie non traduite : cent poètes traduits, vingt langues, vingt cinq langues - une épopée cosmique, sans commencement ni fin, une entreprise de désappropriation tendant à faire de tout poète étranger un avatar d'un auteur quui est n'importe qui, n'étant personne. La part diurne de son œuvre trouve son accomplissement dans le travail de traduction qu'il improvise pour la radio au début des années cinquante : utilisant le magnétophone, qui vient alors de faire son apparition dans les studios, pour travailler les langues étrangères et leur transposition en français par entrelacements, superpositions, alternances, récurrences, il invente une manière de rendre vie à la poésie en traitant la substance sonore comme une partition. Cette expérience prodigieuse restera incomprise, quoiqu'il ait été possible, bien des années après sa mort, d'en garder trace par un livre (Poésie sans passeport, paru aux éditions Ubac en 1986).

La part nocturne de cette œuvre, non moins déroutante, touche, elle aussi, à la radio puisqu'elle consiste en une expérience de décryptage des émissions de propagande, et notamment de propagandes staliniennes : Robin explique qu'au retour de son voyage en URSS, en 1934, en plaine collectivisation, épouvanté par ce qu'il avait vu, il lui avait fallu rester en relation par les ondes avec le peuple russe assassiné ; les choses sont sans doute plus compliquées, puisque c'est sous l'Occupation que nous le trouvons employé comme écouteur au Ministère de l'Information, mais les bulletins d'écoute que nous avons retrouvés, et qui datent de l'après-guerre, constituent une sorte d'œuvre inclassable, elle aussi : à l'affût du décalage, du petit fait inattendu, Robin se voit comme un désenvoûteur capable de percer la chape de plomb des langages totalitaires pour mettre en circulation des nouvelles vraies qui soient comme l'irruption de la poésie dans la trame amorphe de la prose. Cela donnera lieu à un petit essai sur les propagandes, paru aux éditions de Minuit, et plusieurs fois réédité depuis, La Fausse Parole.

S'affirmant sans existence, Armand Robin meurt, en 1961, à l'Infirmerie Spéciale de la Préfecture de Police, dans un anonymat qui semble in extremis faire coïncider l'œuvre et la vie. Quelques liasses de pages, dactylographiées à la hâte, raturées, corrigées en script, et jetées avec des milliers d'autres, sont recueillies alors dans son logement. Parmi elles, les Fragments qu'il n'avait jamais publiés et qui font du pays natal le point où se rassemblent, comme il l'écrit, Bretagne, Chine, Arabie et Russie.

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Bibliographie
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- Ma vie sans moi, collection Métamorphoses, Gallimard, 1940.

- Le temps qu'il fait, collection blanche, Gallimard, 1942 (réédition en 1986, collection L'imaginaire).

- Les poèmes indésirables, Fédération anarchiste, 1945 (réédition Plein chant, 1979, Le temps qu'il fait, 1985).

- Poèmes d'Ady, Fédération anarchiste, 1946.

- Poèmes de Boris Pasternak, Fédération anarchiste, 1946.

- Quatre poètes russes, collection Le don des langues, Editions du Seuil, 1949 (reprint Le temps qu'il fait, 1985).

- André Ady, poèmes, collection Le don des langues, Editions du Seuil, 1951 (réédition sans le texte hongrois, Le temps qu'il fait, 1981).

- La fausse parole, collection Documents, Editions de Minuit, 1953 (réédition 1979 avec préface et notes de Françoise Morvan).

- Poésie non traduite I, collection blanche, Gallimard, 1953.

- Poésie non traduite II, collection blanche, Gallimard, 1958.

- Les Rubayat d'Omar Khayam, Club français du livre, 1958.

- Shakespeare : Othello, les Gaillardes épouses de Windsor, le Roi Lear, Formes et reflets, 1959-1960 (rééditions en livre de poche).

- Le monde d'une voix, collection blanche, Gallimard, 1968. Textes rassemblés et présentés par Henri Thomas et Alain Bourdon.

- Ma vie sans moi, suivi de Le monde d'une voix, collection Poésie, Gallimard, 1970 (une partie de Ma vie sans moi, précédant une nouvelle édition du Monde d'une voix, avec une préface d'Alain Bourdon).

 

- Gottfried Keller : Roméo et Juliette au village, collection Multigraphies, Plein chant, 1979. Traduction revue et présentée par Jacques Martin (réédition L'Age d'homme, 1983, sans l'introduction).

- L'homme sans nouvelle, Le temps qu'il fait, 1981 et 1985 (six articles et divers fragments).

- Le cycle séverin, Le temps qu'il fait, 1981 (sept poèmes extraits de la N.R.F.).

- Les anciennes souches, Maison de la Culture de Rennes, (huit textes et six photographies, rassemblés et présentés par Françoise Morvan).

- Pâques, fête de la joie, Calligrammes, 1982 (scénario radiophonique présenté par Henri-Charles Gervais).

- Ecrits oubliés I, Ubacs, 1986. Essais rassemblés et présentés par Françoise Morvan.

- Ecrits oubliés II, Ubacs, 1986. Traductions rassemblées et présentées par Françoise Morvan.

- Alexeï Remizov : Savva groudzine, Ubacs, 1986 (postface de Françoise Morvan).

- Expertise de la fausse parole, Ubacs, 1990. Textes rassemblés et présentés par Dominique Radufe.

- Poésie sans passeport, Ubacs, 1990. Textes rassemblés et présentés par Françoise Morvan (témoignage de Claude Roland-Manuel et Jean Négroni).

- Le cycle du pays natal, La Part commune, 2000. Textes et photographies d'Armand Robin, rassemblés et présentés par Françoise Morvan.

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